Si on vous interroge sur le berceau d'origine du cacao, vous répondrez très certainement le Mexique avec un imaginaire Aztèque ou Inca. C'est effectivement ce qui a très longtemps été relaté dans les livres d'histoires sur les origines de la culture de ce fruit et les étapes qui ont ensuite donné naissance à l'ère moderne à la tablette de chocolat. Pourtant, des découvertes archéologiques ont ébranlé les connaissances que l'on pensait parfaitement acquises.
De passage dans le Gers, vous pourrez vivre cette petite révolution dans le monde du cacao en faisant une halte à la chocolaterie Ethiquable. Elle y loge depuis peu la reproduction d'un objet ayant bouleversé notre perception de l'histoire du cacao. Un vase à double effigie, renfermant des plus anciennes traces de cacao, a livré au moment de sa découverte en 2003 en Amazonie équatorienne un nouvelle compréhension : le berceau du cacao est l'Équateur il y a environ 5 500 ans.
La chocolaterie Ethiquable accueille
le témoin rare des toutes premières traces de cacao dans le monde
Le 6 novembre 2024, le parcours de visite de la chocolaterie Ethiquable a été choisi par l’Équateur pour accueillir, en France, dans son espace dédié à la compréhension du chocolat, une pièce exceptionnelle relative à la domestication du cacao. Il s'agit d'une réplique authentique de la céramique cérémonielle, découverte en 2003 sur le site archéologique Santa Ana La Florida près de Palanda au sud de l'Équateur.
Ce vase bouscule l’idée selon laquelle les premiers consommateurs de cacao seraient les Mayas et les Aztèques du Mexique. L’archéologue Francisco Valdez et son équipe franco-équatorienne ont mis au jour des résidus d'amidon de cacao à l'intérieur de l'artefact indiquant la présence d'une boisson à base de fèves. La datation carbone révèle que ces résidus appartiennent à une période située entre 3500 av. J.-C. et 3200 av. J.-C. La culture Mayo Chinchipe-Marañon ont ainsi domestiqué le cacao environ 2 000 ans avant les cultures précolombiennes en Mésoamérique !
L'humanité a ainsi commencé à domestiquer et à cultiver le cacao il y a environ 5500 ans
Le foyer originel du cacao
La découverte du vase à double effigie ouvre une nouvelle compréhension de l'histoire du cacao. La Haute Amazonie équatorienne est désormais le premier centre de culture du cacao identifié à ce jour, et non plus l'Amérique centrale. Il semble que le cacao amazonien ait été introduit sur la côte équatorienne et finalement transporté au mexique et en Mésoamérique. La culture Mayo Chinchipe-Marañon a joué un rôle important dans la domestication et la diffusion du cacao. Elle marque les débuts de la consommation du cacao dans le monde entier.
Du chamane au jaguar
La présence de traces de cacao dans le vase suggère la consommation d'une boisson à base de fèves. "Les chamans consommaient des produits pour entrer en transe, dont le cacao. Sur le vase, on distingue deux visages : le chaman dans sa forme humaine accompagné du jaguar pour illustrer sa transformation en animal."
La figure du Chamane (à gauche) : un menton et des joues arrondis suggèrent l'harmonie. Les sourcil étirés jusqu'aux tempes indiquent un bon-être intérieur.
L'évocation du Jaguar (à droite) : les sourcils sont froncés, les traits secs. L'expression est sombre et courroucée. La bouche en forme de T évoque le museau d'un jaguar.
Une mise en lumière des variétés natives
et du savoir-faire des petits producteurs
C’est pour notre travail d’appui, à travers le commerce équitable, aux communautés paysannes préservant la culture de variétés natives de cacao, que l’Ambassade d’Équateur a choisi de nous confier cette reproduction. Le 6 novembre dernier, la Chocolaterie et les équipes de la Scop ont accueilli l'objet en présence de producteurs équtoriens, invités spécialement pour l'occasion, et d'une délégation de l'Ambassade.
C'est avec beaucoup d'émotions, que des représentant des coopératives équatoriennes de FAPECAFES et de FONMSOEAM ont témoigné du travail qu’ils réalisent pour maintenir le cacao nacional, la variété emblématique équatorienne. Des travaux sur l’ADN des cacaoyers menés par le CIRAD montrent une nette relation entre le Nacional et l’échantillon présent dans le vase à double effigie. Ce cacao fin réputé mondialement pour ses arômes floraux mérite son titre de ressource patrimoniale naturelle et culturelle promulgué par l'État équatorien.
Productice de la coopérative UNOCACE en Équateur dans une parcelle de cacao variété Nacional
"Certains producteurs sont allés sur des variétés hybrides pour obtenir des récoltes plus volumineuses. Aujourd’hui, ce qui est intéressant de constater, c’est qu'en Équateur, ce sont les petits producteurs qui préservent la variété Nacional ou ses variantes. Il est fort probable que, demain, ce soient les organisations de producteurs de cacao bio et équitables qui soient les seules à maintenir cette variété." Javier Latorre, représentant de l'Ambassade d'Équateur
Retrouvez toutes les informations pratiques
pour découvrir le vase à double effigie et le nouvel espace muséographique qui lui est dédié